Le prince des physiciens

Je suis mort à Paris le 23 décembre 2000. Trop tôt, à mon gré ! J’ai bien traversé le XXe siècle, mais il m’a manqué quatre-vingt-quatorze jours pour devenir le premier centenaire de l’Académie française, ce que Fontenelle avait manqué de peu. Qu’est-ce par rapport aux trente-cinq mille neuf cent trente-huit passées sur cette terre à en découvrir les parcelles les plus infimes ? Une banale chute dans le métro eut raison de ma vanité. On n’est vraiment plus en sécurité nulle part .... Il fallait bien que cela arrivât, et je l’attendais avec confiance : Quant à la mort, je n’y pense pas avec tristesse. J’ai tellement d’appétit de vivre que je n’ai pas le temps d’avoir peur de mourir .... Il serait bon que je me présente à vos amis. Je me nomme Louis Leprince-Ringuet. Je suis né à Alès le 27 mars 1901, avec un bicorne dans mon berceau. Pouvais-je en effet échapper au destin, moi qui rêvais de devenir peintre. Mais mon père avait d’autres ambitions pour son fils, lui qui était polytechnicien et ingénieur des mines. Tout comme mon frère cadet Jean dont le beau-frère et le beau-père étaient aussi des X.....

Voici un joli texte apocryphe de Louis Leprince-Ringuet, que nous devons à la plume alerte de Jean-Yves Paumier, académicien lui aussi, mais de l'Académie de Bretagne et des Pays de Loire.

Le Prince des physiciens, texte intégral